ComicsDiscovery [Dossier] : Autour de The Sandman : la famille, le domaine

Note de la rédaction : Salut toi, tu aimes Neil Gaiman ? Et bien tant mieux parce que Matthieu aussi et surtout il aime en parler.
Voici le deuxième article d’une petite série qu’il a écrit sur Dream et sa petite famille. Si tu n’as pas encore lu le 1er article consacré à la série The Sandman elle même, je te laisse le découvrir en cliquant ici : ComicsDiscovery [Dossier] SandMan
Tu peux aussi aller écouter l’émission qu’on lui a consacrée : ComicsDiscovery Vacances S02E04 : SandMan
Voila j’ai fini avec les infos avec les infos complémentaires place à l’article de Matthieu :

Le succès de The Sandman ne pouvait pas laisser indifférent l’éditeur DC comics. Il parvient ainsi à convaincre son architecte Neil Gaiman d’explorer à nouveau ce monde, tout en proposant aux lecteurs différentes facettes de cet univers par d’autres plumes. La production est telle que deux parties de ce dossier y seront consacrées. Dans celle-ci, voyons les titres les plus proches de Morpheus : sa famille et son domaine.

Death

Août 1989, un micro séisme agite le lectorat du comics. Dans The Sandman #8, la grande sœur de Dream fait son apparition, la Mort elle-même, Death… si ce n’est qu’en lieu et place de la figure menaçante avec sa faux collecteuse d’âme, se trouve une jolie gothique au teint pâle et résolument maternelle envers son petit frère perturbé. Le succès est immédiat et marquera un tournant dans le comics. Le personnage deviendra tellement populaire sur le moment qu’il dépassera même Superman et Batman dans le cœur de nombreux lecteurs.

Neil Gaiman souhaitait un personnage attirant, séduisant, du genre que l’on aimerait rencontrer à la fin de nos vies. De l’aveu de ce dernier, il s’agit cependant du seul personnage majeur de sa mythologie dont le design ne provient pas de lui. Il faut donc remercier Mike Dringenberg, dessinateur sur de nombreux épisodes de The Sandman, qui écarta les idées de Neil pour proposer un visuel basé sur son amie, Cinamon Hadley. Gaiman fut conquis et Death fut créée.

Elle apparaîtra par la suite en tant que personnage support dans de nombreux titres, Vertigo ou DC comics. La petite gothique devient même une icône qui dépasse son statut de création de comics, apparaissant çà et là sans forcément de liens avec The Sandman. Il faut 4 petites années pour que sa première mini série, Death : La vie n’a pas de prix (The High cost of living) par Neil Gaiman lui-même voit le jour. Nous sommes en 1993 et la série lance par la même le label Vertigo que rejoindra naturellement la série mère dans le même temps.

La vie n’a pas de prix

De la série principale, le lecteur sait bien peu de choses sur Death. Elle est la seconde Infinie derrière Destiny et semble la plus puissante, la plus intouchable. Omnisciente et omnipotente, elle est crainte même par Lucifer Morningstar, Les Furies ou la dernière sorcière de Thessalie. Il est dit qu’elle rencontre tous les êtres vivants à leur naissance et à leur mort et qu’elle serait la seule à rester lorsque cet univers périra. Et pourtant, rien de tout cela dans cette première mini-série… car Death semble connaître une règle et une seule. Tous les 100 ans, elle née et meurt dans le monde des mortels pour une journée afin de connaître le prix de la vie qu’elle prend. L’idée n’est certes pas nouvelle, vue notamment chez l’ami Terry Pratchett et son Reaper Man, mais particulièrement bien choisie ici.

Il s’agit donc d’une histoire à son image. A la fois douce-amère, vivante, humaine mais sans la grandiloquence de discours pompeux sur la vie, les choix, les regrets ou la mort. Une fable moderne, simple pour un récit court où Gaiman réussit, encore, son pari. La malicieuse Didi, incarnation de Death est attachante, séduisante, lumineuse, charismatique. Le jeune Sexton, dépressif et perdu, se retrouve ainsi malgré lui embarqué derrière elle dans une aventure nocturne au cœur de New York.

Les références à l’univers sont bien présentes, Mad Hettie, Hazel, Foxglove et Wanda du mythique arc Jouons à être toi (A game of you).. tout en prenant le contre pied de l’immensité de The Sandman. Ici, une surprenante histoire paradoxalement à l’échelle humaine. La simple mais toujours efficace curiosité fait tourner les pages pour découvrir ce qu’il va advenir de notre nouvelle meilleure amie, entourée des sempiternels asociaux que Gaiman aiment tant. Une belle parenthèse donc que ce La vie n’a pas de prix. Avec ces petites notes de tristesse et de mélancolie, il reste après la dernière page une sensation d’un bon moment passé entre amis, une rencontre imprévue mais de beaux souvenirs à chérir et à garder en mémoire.

Le choix d’une vie

Moins de 3 ans passent avant que Gaiman ne reviennent sur sa Mort avec Death : Le choix d’une vie (The time of your life). Cette mini est certes une suite mais également une forme d’épilogue pour le couple formée par Hazel et Foxglove.

Encore une fois, le récit ne donne pas de leçons, n’est pas moralisateur, tout en ayant des thèmes forts, la tolérance, le deuil, les regrets ou la deuxième chance. La jolie gothique est plus en retrait, laissant la scène à un couple déchiré par la distance physique et sentimentale. Néanmoins, elle est toujours là. Et à la vue du drame qui se noue sous les yeux du lecteur, sa présence est presque rassurante.

Les humains sont imparfaits, ils peuvent tricher, mentir, trahir..mais à la toute fin, elle accueillera tout le monde. Nous ne serons pas seuls pour ce qui est peut être l’épreuve la plus difficile de notre vie. Gaiman a toujours connu le potentiel de son personnage et l’a ainsi volontairement utilisé avec parcimonie. Il continue ici, conservant par la même, son attrait indéniable.

Et ici aussi, un rythme maîtrisé pour une histoire pourtant resserrée autour de ce couple. Tout comme le premier opus, Neil Gaiman use de son talent pour nous faire ressentir de nombreuses émotions. Si au cours du premier récit, se mélangeait une joie candide et naïve à une douce mélancolie, ici, le drame en cours reste plus intense. La solitude, la peur qui pousse à la fuite et le doute imprègnent un récit anxiogène où la montée vers un malheur qui semble inéluctable rend la lecture difficilement supportable, dans le bon sens du terme.

Sans en dévoiler la fin, j’aurais néanmoins préféré à titre personnel que le climax soit plus en accord avec ce sentiment. Finir « en beauté » cette montée d’émotion par un épilogue à la hauteur de la dramaturgie suivie jusque là. Ce n’est que mon avis mais la fin de Le choix d’une vie est peut être le seul et unique passage « facile » que j’ai lu de Neil Gaiman.

Côté crayons, c’est Mike Dringenberg lui-même qui devait s’en charger, rendant à César ce qui lui appartient. Mais il s’agit finalement de la paire Chris Bachalo au dessin et Mark Buckingham à l’encrage. Ce dernier prendra même le poste de dessinateur sur la seconde partie de Le choix d’une vie, secondé à l’encrage par Mark Pennington.

L’ami Chris

On ne présente plus Chris Bachalo aux lecteurs de comics. Son apport au medium est énorme. Son premier travail publié fut The Sandman #12 en 1989, ce qui lui ouvrit les portes de DC Comics. Entre 1990 et 1994, il fut le dessinateur de Shade The Changing Man par Peter Miligan associé à Pennington. Vertigo n’a donc pas eu à chercher bien loin le remplacement de Dringenberg. Par la suite, il marqua avant tout les esprits chez Marvel sur Generation X qu’il co-créa avec Scott Lobdell en 1994 avec cette fois-ci Buckingham à l’encrage. Puis en 1997 pour un long run sur Uncanny X-Men, titre phare des mutants et sans doute l’un des plus populaires du moment.

2000 sera marqué par une autre co-création, la maxi série Steampunk en 12 numéro propose un délire visuel rarement égalé et une histoire à 100 à l’heure. Puis un retour dans le giron de Marvel où il officiera sur un grand nombre de titres majeurs, les très funs Wolverine & the X-Men et Doctor Strange notamment avec Jason Aaron. Malgré la quantité astronomique de planches à son actif, Chris Bachalo ne gagna qu’une récompense majeure, un Eisner Award du meilleur produit dérivé en 1994 pour sa statuette de… Death.

Son premier travail était déjà remarquable, dépeignant un Sandman très onirique avec l’aide de Malcom Jones III à l’encrage, parfaitement dans le ton. Au long des 2 séries Death, son style s’affine et se transforme presque sous nos yeux en ce qu’il deviendra dans la deuxième partie de sa carrière chez Marvel. Il passe d’un trait direct et dur à un style plus rond et poli, ce qui ajoute un dynamisme détonnant. Néanmoins, le découpage reste un des points principaux du style Bachalo, reconnaissable notamment à ses planches divisés à l’extrême. 8 ou même 12 cases pour illustrer des échanges rapides et intenses entre personnages. Gaiman a toujours donné beaucoup de détails à ses dessinateurs, sachant s’adapter au style de chacun. Il continue ici avec Chris Bachalo qui, lui, a demandé plus de libertés créatives. Vu le résultat, on ne peut que saluer l’intelligence professionnelle des deux auteurs.

Dés les premières pages de La vie n’a pas de prix, son découpage multiple et ces cases carrées ou rectangulaires installent un sentiment de réalisme triste et dur que seul le personnage de Didi viendra briser. Elle vole librement au dessus du pauvre Sexton lors de sa première apparition, éclate les cases par sa présence ou y évolue librement.

Bachalo changera de style avec Le choix d’une vie où les décors sont de pures informations de location, sans saveur, sans intérêt presque. Seuls les personnages, leurs états d’âmes, leurs choix, leurs introspections intéressent Gaiman et Bachalo. Pour le coup, les plans resserrés, voyageant vite entre les visages sont privilégiés. Il laissera néanmoins exploser son talent dans de magnifiques cases oniriques et folles, alors que Foxglove part sauver dans le royaume de la mort celle qu’elle aime, ou a aimé… A la fermeture de ces deux volumes, il est une nouvelle fois difficile de se dire qu’ils auraient pu être dessinés par quelqu’un d’autre.

+Destiny : A chronicle of deaths foretold

1996, l’éditrice Alisa Kwitney alors en pleine transformation de The Dreaming, reçoit une demande de Karen Berger elle-même : une mini série sur Destiny, le grand frère de Dream. Kwitney s’attèle donc au plus mystérieux et occulte des Infinis, l’aveugle qui ne voit que le Livre où absolument tout y est écrit, passé, présent, futur, début, fin…

Kwitney entre chez DC comics en 1991 en tant qu’éditrice adjointe sous la houlette de la Grande Karen. Elle travaille notamment sur l’univers du Sandman et y participe même à l’occasion d’un numéro de The Dreaming. Elle est également romancière avec plus d’une dizaine d’ouvrage, s’adonnant au genre romantique ou fantasy urbaine. C’est notamment son roman « Till the fat lady sings » en 91 qui lui ouvra les portes de Vertigo.

Tâche donc difficile que d’écrire autour de ce personnage plutôt monolithique. Aussi, Kwitney y mettra beaucoup d’elle dans son histoire, notamment son côté hypocondriaque et sa fascination un brin masochiste pour les pires virus de l’Histoire de l’Humanité. Et voilà pourquoi l’un des personnages principaux de Destiny : A Chronicle of Deaths foretold (référence au roman de Gabriel Carcia Marquez) semble traverser les époques en apportant ravages, mort et pestilence.

Début plutôt désarçonnant, intriguant également. Ruth a survécu a une épidémie et a du enterrer elle-même sa famille. Elle cherche une raison de vivre dans sa petite communauté, loin de la ville totalement invivable. Seul un magnifique cheval lui tient compagnie jusqu’à l’arrivée d’un homme mystérieux, à la fois inquiétant et attirant. Ce dernier annonce à tous qu’il possède les rouleaux de Destiny, qui annonce le futur à venir, et qu’ils pourront en être maîtres. A la lecture de ces derniers, l’Histoire se déroule… Constantinople au 6ème siècle, la cour du Roi d’Angleterre en 1348 et une petite communauté de cette même Angleterre en 1665… à chaque histoire, sa plaie, sa maladie qui ravage les Hommes.

Ambiance lourde donc, loin de l’humour décalé de Willingham sur Merv : Agent of D.R.E.AM., loin de l’épique flamboyant de The Sandman, de la simplicité rafraichissante de Death, de l’horreur du Corinthian : Death in Venice, et qui prouve une nouvelle fois l’étonnante hétérogénéité de tons qui peuplent l’univers crée par Neil Gaiman.

L’Homme face à son Destin

Les morts tombent donc dans cette mini série, des pays sont à genoux et des destins se forgent dans la maladie. Un goût de putréfaction ne quitte pas la bouche du lecteur car il semble que des miasmes envahissent les pages de ce récit anxiogène où un sentiment d’inévitabilité, de fin, s’installe durablement. C’est paradoxalement d’autant plus vrai lors de la partie futur alternatif ravagé par un virus, une impression de fin de monde mais calme, silencieuse, peuplé de survivants résignés.

Différentes histoires humainement puissante avec des personnages féminins forts devant se battre contre leur destin : une reine contre le fléau qui a pris son mari roi mais lui a amené un fils, une jeune noble partagée entre un prétendant violent et un futur mari repoussant, une toute jeune femme qui refuse de suivre aveuglement les traditions…Et ces histoires trouvent un écho ensemble dans le cadre bien plus grand du Destin et des fameux rouleaux de Destiny, apportant toute une partie cryptique à l’ensemble. Est-ce que tout est écrit et immuable? le destin de ses femmes n’étaient ils pas juste imposés par les Hommes et donc évitables?

Beaucoup de questions resteront sans réponses et cela va en titiller plus d’un. En ce qui me concerne, j’ai été happé par ce récit entre histoires humaines et questions méta sur ces rouleaux, sur le rôle de Destiny, sur celui de cet homme qui passe d’époque en époque.. mais a-t-on réellement besoin de réponses ? Ces rouleaux ne sont pas juste un moyen de montrer aux mortels que le Destin est immuable ? que nous sommes juste des pages déjà écrites dans un livre ? Les réponses sont à la discrétion des lecteurs si ils acceptent de parcourir un chemin sombre où ils se perdront sans doute à l’image du fameux labyrinthe du jardin de Destiny.

Exercice difficile donc que de faire parler le plus mutique des Infinis. Et même si il est peut être regrettable de ne pas avoir plus inscrit cette histoire dans l’univers du Sandman (pour raisons de droit j’imagine), ce titre reste une lecture intéressante, éprouvante en bien des points et pas forcément récompensée il faut avouer. D’autant que les dessins des artistes restent certes totalement dans le style apocalyptique mais ne facilite pas l’accès à ce titre particulièrement sombre.

Aux crayons

Kent Williams est en charge de la partie futur alternatif. Un style perturbant, figé, presque du collage hétérogène. Certes peu orthodoxe mais dont l’étrangeté ne va pas si mal avec ce monde inconnu mais familier. Michael Zulli dépeint un Constantinople comme à son habitude, avec une précision immersive et exotique. Il était déjà parfait sur le Paris de Witchcraft : La Terreur et il persiste ici à nous faire voyager avec autant de plaisir à travers le temps.

Scott Hampton a un style bien plus clair, lumineux pour nous dépeindre l’Angleterre de 1348 mais cela ne l’empêche pas d’y ajouter une froideur glaciale lorsque le destin se resserre autour de la jeune Joanne. Rebecca Guay termine avec la même Angleterre des siècles plus tard. Des planches magnifiques, plus proches de la peinture, un style presque onirique, éthéré, que rehaussent des couleurs pastels qui donne un style presque féerique à ce passage plus romantique.

The Dreaming

Après le succès critique et lecteur sans précédent de The Sandman, Vertigo ne pouvait que proposer d’autres délices en provenance du Dreaming aux lecteurs en pleine dépression. Le principal apport apparaît à peine quelques mois après la fin de la série mère, d’ailleurs sobrement appelé The Dreaming. Ce titre est inauguré avec un premier numéro en juin 1996 sous la direction de l’éditrice Alisa Kwitney, auteure donc également du titre Destiny, et sous le patronage de Neil Gaiman en consultant spécial.

Débuts foisonnants

Le titre est une anthologie, une succession d’histoires sans liens premiers autour de l’univers des Infinis. Terry LaBan, Peter Hogan, Brian Talbot et Caitlin R. Kiernan ouvrent la danse, proposant un panel d’histoires particulièrement variées. Ils utilisent le vaste univers mis à leur disposition ainsi que ses myriades de facettes pour proposer chacun à leur tour un voyage non loin du Dreaming. Le lecteur est parfois en terrain familier comme The Goldie factor la première histoire scénarisée par LaBan qui nous narre les origines de Goldie, la petite gargouille d’or d’Abel. Vient ensuite Souvenirs de Kiernan qui a pour personnage principal le terrible Corinthien.

A d’autres moments, nous sommes dans une portion non explorée de l’univers. The Lost boy de Peter Hogan a ainsi son protagoniste coincé entre les Faeries et Lady Constantine (une ancêtre de John), Weird Romance par Talbot où amour, rêve et réalité se mélange autour de plusieurs personnages, Coyote Kiss de LaBan et son affrontement entre dieux de seconde zone…

La variabilité de ton et de style se retrouvent également dans le rythme. Des récits longs courant sur 6 numéros, des plus réduit, voir même des one shots. Moyen efficace d’éviter l’ennui et de confier des histoires entières à des auteurs, tel le décalé Day’s work, night’s rest de Jeff Nicholson et son employé routinier avec ses rêves routiniers ou encore The dark rose et son horreur gothique perturbante par Al Davison.

Les premiers pas dans le Dreaming sont donc riches. Le choix éditorial de l’anthologie est le bon car il permet d’explorer cet univers sans se focaliser ici ou là, multipliant les personnages, les temps, les styles.. . Ceci donne également l’impression d’un vaste monde où tout semble possible, et ce même si les auteurs utilisent la base que Neil Gaiman a posé dans The Sandman.

Cette dernière est une telle terre à histoire que le lecteur ne peut pas s’attendre à ce qu’il découvrira en tournant les pages. Néanmoins, l’univers est présent, que cela soit à travers des têtes connues, le style (mythologie, horreur, mortels projetés dans le fantastique) ou simplement le monde de Morpheus où les rêveurs viennent errer. Ce dernier, à l’image de ses frères et sœurs, n’apparaît que très rarement au final, donnant la part belle à des récits moins grandioses, moins épiques, se focalisant sur des personnages secondaires ou nouveaux.

Sa propre voix

Ceci permet aux auteurs d’éviter dans un premier temps de voir le titre être catégorisé « suite » tout en développant leurs envies. Néanmoins, certains récits voient leurs racines prendrent naissance dans la série mère et en proposent même des extensions. A noter ainsi le nouveau Corinthien qui vit dans l’ombre du précédant, Cluracan et sa terrible nemesis ou bien encore de la douce Nuala après son départ de Faerie. Ainsi, avoir lu The Sandman reste fortement conseillé, d’une part car The Dreaming en est globalement une séquelle directe, et d’autres part pour suivre au mieux les pérégrinations de ces personnages. Mais ceci est valable aussi pour connaître l’univers et son style, car un début par cette anthologie sans préparation peut être rédhibitoire.

Alors certes, ces histoires sont moins épiques que leur grande sœur, certes.. tout le monde n’est pas Neil Gaiman il faut avouer. Les « voix explicatives » ne sont pas aussi subtiles et dosées, la mise en scène pas aussi percutante, féerique, langoureuse, violente selon les besoins mais le divertissement reste acceptable. Et un mouchoir à ne pas refuser lorsque l’on n’en est encore à pleurer sur la fin de la série principale.

Caitlin passe la porte de Cornes et d’Ivoire

Un tournant sur la série de passera en août 1998 lorsque l’éditrice Alisa Kwitley décida de marquer le lecteur avec un arc narratif plus ambitieux. Nous sommes au numéro #27, l’histoire s’appelle Many Mansions. L’idée de base vient de Neil Gaiman lui-même et l’exécution en revient à Caitlin R. Kiernan et Peter Hogan. Hélas, ce dernier doit s’écarter finalement au profit d’autres projets, dont The Sandman presents : Love street. Kiernan reste quasiment seule à la barre, poste qu’elle conservera jusqu’à la fin de la série au #60. Suite aux 9 numéros que formeront Many Mansions, la série s’éloigne de son style anthologique pour devenir une ongoing, une série avec fil rouge et une vraie cohérence scénaristique. Dans le même temps, Vertigo n’abandonna pas l’idée de l’anthologie et fut crée la collection The Sandman Presents en 1999.

Ainsi, autour donc des piliers du Dreaming que sont Caïn, Abel, Eve, Matthew, Merv, Lucien et le Corinthien viennent virevolter de nouveaux personnages, Gabriel, Echo, Madeleine, la court des Unseelie, Thetys, le cartographe ainsi que des apparitions remarquées de Titania, la Thessalian, Brute, Glob et bien d’autres… les petits nouveaux prenant d’ailleurs un malin plaisir à venir perturber grandement les premiers, toujours dans la période délicate postérieure au drame survenu à la fin de The Sandman. Et si tout ce petit monde commence dans leurs petits coins respectifs, Kiernan les conduit habilement les uns vers les autres.

Le tournant suivant commence au numéro #36 où l’histoire prends de l’ampleur avec l’arc The Gyres, où un mortel sème le chaos dans le Dreaming. Cela conduira à un nouveau drame très émouvant à la fin de l’arc suivant Fox and Hounds au #43. Certes, ils sont imparfaits, avec un faux rythme de lecture parfois déstabilisant mais ils restent intégrés dans la tapisserie que tisse l’auteure et ils marquent sa totale prise de possession du titre. S’ensuit une intense parenthèse sur les Faeries puis le climax final dans l’arc Rise qui est d’une toute autre dimension. Un cataclysme où se réunissent habilement les arcs narratifs et qui fera trembler les dimensions en clôturant la série.

Ce fut le premier job dans le medium du comics pour la jeune Caitlin R. Kiernan. Repérée par Neil Gaiman lui-même suite à ces nouvelles de dark fantasy à la limite de l’horreur et par sa participation à l’anthologie écrite The Sandman : Book of Dreams, il convint sans mal Alisa Kwitley de lui confier une histoire sur le nouveau Corinthien. Cela donnera donc Souvenir entre les numéros #17 et 19, le début du voyage pour Caitlin, et il sera loin d’être facile.

Son style de narration reste très littéraire dans ses premiers efforts sur la série. De longs descriptifs, des dialogues très verbeux, du texte qui apporte peu, des métaphores parfois lourdes Comme si l’auteure devait se familiariser avec ce nouveau medium bien plus visuel. Ceci s’estompera néanmoins au fil des numéros avec des choix de mots plus judicieux et un travail avec le dessinateur plus efficace, dû au fait sans doute que ce dernier sera finalement le même tout au long de la 2ème partie de la série.

A bout de souffle?

Dans l’ensemble, son travail sera fort sympathique et se fond correctement dans la série mère, prolongeant le voyage, et donc le plaisir, un petit peu plus loin. L’auteure pioche dans l’ADN de The Sandman et propose ses propres variations autour de l’horreur, du fantastique, poussant les têtes connues plus loin dans leurs rôles en y ajoutant sa propre clique d’asociaux attachants venus frôler cette mythologie onirique. Si cela fonctionne très agréablement dans un premier temps, le dernier tiers de l’œuvre est sans doute hélas le plus faible.

D’un côté, Kiernan ne se renouvelle pas. Les personnages sont parfois interchangeables, pire, sujets à confusion. Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris qui était l’un d’entre eux qui semble apparaître « par magie » dans les derniers numéros. Le cadre reste également étrangement figé, malgré le potentiel quasi infini de cet univers. Cela manque dramatiquement de folies, de prises de risques, même visuellement. Le fond reste autour de simples mortels pris dans une magie et un monde qui les dépasse et auquel ils doivent s’adapter, réagir. Du coup, à rester dans les chemins balisés, l’auteure semble parfois condamnée à ne rajouter que de la matière, maladroitement parfois.

Mais cela serait injuste que d’accabler uniquement la jeune Caitlin. Selon ses retours, des années plus tard, et qui restent sans fiel aucun de sa part, l’auteure pointe également un cadre de travail plus que délicat. De Neil Gaiman, Kiernan n’a que des compliments. Ce dernier est présent, conseiller précieux qui possède un droit de veto sur les histoires que jamais il n’utilisa. Mieux, il encensa lui-même l’auteure dans une préface du #39 The Lost Language of Flowers qui officialisa dans le même temps Kiernan à la barre de The Dreaming.

L’éditeur ami/ennemi

Sa relation avec la maison d’édition semble plus tumultueuse, d’autant qu’il faut ajouter un cadre compliqué : une crise des ventes de comics à la fin des années 90 et la pression des lecteurs, déçus de ne pas lire une « vraie » suite de The Sandman. Bien entendu, la comparaison était inévitable et le travail semble de plus en plus lourd à Kiernan. A peine un sommet de son histoire passé, au #43, qu’elle souhaite arrêter pour le #50. Vertigo la convint de continuer… pour hélas lui annoncer la fin au #60 !

Ceci impacte véritablement la série dont l’épilogue n’a clairement pas assez de temps et d’espace pour devenir ce qu’il aurait dû être, le récit le plus ambitieux et épique de The Dreaming.  D’autant que la fin reste si abrupte que Kiernan ne peut finir toutes ces storylines. Pourtant, ce fil rouge très subtil relevé par Abel qui avance que de nombreux évènements inhabituels s’accumulent dans le Dreaming était un vrai coup de maître… hélas, sans suite.

Et ce discutable travail éditorial ne sera pas le seul écueil à la série. Avec le recul, The Dreaming a peut être rater son virage d’anthologies à ongoing d’un point de vue de la communication vers le lectorat. Et alors justement qu’elle embrassait ce nouveau statut, il aurait fallu à mon sens mieux accompagner le lecteur, notamment avec les fameuses astérisques qui renvoient à une note de l’éditeur, précisant un point de l’histoire ou renvoyant à un autre arc narratif. L’expérience est donc enrichissante mais épuisante pour la jeune Caitlin R. Kiernan qui ne reviendra au comics que 10 ans plus tard avec Alabaster : Wolves chez Dark Horse Comics. Ultime coup plutôt borderline de la part de Vertigo Comics, le relancement de la série en 2018 ne prendra pas en compte certains événements écrits par l’auteure…

Pourtant, son travail sur The Dreaming pour honorer celui de Gaiman tout en trouvant sa voix est indiscutable. Passer après cet auteur culte devait être le job le plus difficile du médium à ce moment là. Et si c’est sans doute basiquement « moins bon », elle a su capter l’essence de l’univers et proposer une nouvelle étape dans le voyage. Sa simple et pure référence à la scène des pigeons entre Death et Dream du fameux The Sandman #8 qu’elle place dans son ultime numéro en est une très jolie preuve. Son style à la frontière du littéraire sied à merveille à ce monde peuplée d’histoires et d’histoires sur les histoires.

L’auteure va trouver petit à petit son petit univers, sa timeline, et ses personnages qui se croisent avec une vraie vision et une vraie direction qui hélas ne sera pas totalement mise au monde. Kiernan, mais aussi Terry LaBan, Peter Hogan, Brian Talbot, Al Davison et quelques autres, livrent indéniablement des copies sérieuses, avec une certaine ambition mais inégales il est vrai. Avec des moments moins prenant, d’autres plus intenses et même quelques perles. A ce titre, je me dois de citer l’ambitieux et magnifique conte des maisons des Secrets et des Mystères dans Many Mansions au cœur duquel se love le mémorable Dream Below, au numéro #33. Un bijou d’horreur gothique sublimement mis en image par John Totleben qui œuvra également sur le cultissime Swamp Thing d’Alan Morre.

Les habilleurs du Dreaming

Les artistes ! un mot sur eux, ils sont nombreux et à l’image des auteurs, alternant le bon, le moins inspiré, l’excellence et le bizarre.

Peter Snejberg ouvre le bal avec The Goldie Factor (#1-3). L’artiste reviendra pour le grandiose arc narratif Many Mansions et il a été également aperçu du côté d’Hellblazer et de B.P.R.D. de Mike Mignola. Des séries au final dominées par le fantastique, l’occulte et le côté sombre des Hommes. Son style sied parfaitement au Monde des Rêves, un style assez irréaliste avec des visages et des corps très expressifs à la limite parfois du cartoon ce qui donne une impression de bizarre au récit, dans le bon sens du terme.

L’encrage noir appuyé et les couleurs ternes de Daniel Vozzo en support ajoutent la touche finale à un dessin sombre et féerique qui trouve écho à cette première histoire assez folle où le lecteur croisent un drive in où les cauchemars prennent leurs café, des ruines antiques, l’arbre original et un cimetière de gargouilles. Mention plus à la courte mais prenante traversée à bords du Flying Dutchman où Snejberg semble s’amuser comme un petit fou avec le découpage de ces cases, art qu’il maîtrise et met au service de la narration. Un vrai coup de cœur, d’où ces quelques lignes mais il va être difficile de tous les citer.

Au titre des remarquables, citons néanmoins Michael Zulli qui, avec son style riche, sera l’excellent metteur en image du drame familial His Brother’s keeper (#8), Jill Thompson et son trait certes plus léger mais qui fait mouche sur l’intense arc Coyote’s Kiss (#13-14) et le magique et trop rare Duncan Fegredo qui lui aussi a quelques faits d’armes du côté de Mike Mignola et son Hellboy. Son trait est un réel plaisir pour les yeux, détaillé, dynamique, expressif, il n’a pas son pareil pour dessiner une gargouille folle de rage et est aussi à l’aise pour nous dépeindre une simple engueulade fraternelle que la colère de Dieu.

Hélas, nous ne pourrons admirer son style que sur Restitution (#26) et quelques pages de Restoration (#50) autour des mésaventures fortes en émotions des frères Caïn et Abel. J’ajoute Marc Hempel avec son style très expressif là aussi, des visages à la limite de la caricature mais systématiquement mis au service d’un récit dramatique, ce qui décuple l’émotion qui y réside. Il participe lui aussi à Restoration, ainsi qu’à l’arc Many Mansions (au #34)

Au-delà, Dave Taylor fera un travail très efficace avec son style plus réaliste dans l’arc Weird Romance (#9-12) qui a la particularité d’être totalement centré sur des rêveurs et leur errance au sein du Dreaming. Peter Doherty sera le premier a accompagner Kiernan sur son arc autour du Corinthian dans Souvenirs (#17-19). Il nous mettra mal à l’aise avec son trait gritty et sale, toujours accompagné par Daniel Vozzo aux couleurs.

Comme précisé plus haut, Al Davison nous ecoeurera et intriguera avec The Dark Rose (#20-21) et The Bittersweet scent of opium (#41) et sa séance de spiritisme qui tourne à l’horreur. Shawn Mc Manus, autre transfuge de The Sandman, avec Zulli, Thompson et Fegredo sera lui aussi de la partie avec son style si agréable à lire avec notamment The Lost language of Flower (#39) où la jeune Madelaine se retrouve dans une quête onirique aux conséquences majeures pour la suite de la série.

Le fidèle Christian

La majorité de la seconde partie de la série aura aux crayons Christian Hojgaard. Il s’agit du travail principal de cet artiste danois qui dessinera une vingtaine de numéros, notamment les arcs principaux The Gyre (#36-38), Fox and Hounds (#40-43), Exiles (#52-54) et l’ultime histoire de The Dreaming, Rise (#57-60). Hélas, son genre assez simple et direct pâtit de la comparaison avec les auteurs précédents. Il manque un peu de folie, de style, d’effets pour habiller des récits fantastiques et fantasmagoriques.

Les débuts du dessinateur sur la série est d’ailleurs un des passages les plus difficiles à lire pour le lecteur. Ce dernier sort du magnifique Many Mansions qui visuellement a proposé de très belles choses, pour « retomber » sur un trait bien plus basique. Heureusement, il finira par trouver un peu plus sa voix à mesure que les épisodes défilent, et que le travail avec Kiernan se huile également sans doute. Alors que la série commençait sa descente, peut être qu’Hojgaard n’était pas le meilleur choix pour porter The Dreaming. Cela dit, tout comme le travail de Kiernan en parallèle, les derniers épisodes furent sans doute les meilleurs de l’artiste, renforçant de même le sentiment d’un petit gâchis sur cette série et un goût d’inachevée.

Heureusement, il reste quelques pages encore à découvrir autour du Dreaming, en guise d’ultime au revoir.

Le concierge et l’encyclopedia Dreamingus

Bill Willingham est connu pour … tiens un peu de teasing, vous le saurez en lisant le chapitre sur The Thessaliad dans la 3ème partie de ce dossier (bientôt ^^).

Sachez cependant que pour notre plus grand plaisir, il lui a été confié un coin du Dreaming. Il livre ainsi quelques numéros et une minisérie, que Vertigo a eu la délicatesse de compulser dans un seul volume : The Sandman presents : Taller Tales.

Au menu, The Dreaming #55 issu de la série éponyme, la mini The Thessaliad (voir encore 3ème partie de ce dossier) et pour la mise en bouche, il retrouve son compère britannique Mark Buckingham le temps d’une histoire rafraichissante sur un concierge-espion… à moins que cela ne soit qu’un concierge avec un sens aigüe de l’exagération.

Merv Pumpkinhead, agent of D.R.E.A.M.

Le sable du grand patron a été volé! Ni une, ni deux, Merv, le concierge du Dreaming se lance dans une enquête de haut vol qui l’amènera à croiser un rêve en fuite, une délicieuse jeune femme, une petite voiture courageuse et, bien entendu, une terrible organisation criminelle.

A l’image de leur Cinderella, les deux auteurs s’amusent donc avec les codes James Bondesques dans ce récit court mais truculent. Pas de parodie basique mais une habile intégration de cette influence avec le style du monde crée par Gaiman. Ce dernier est bien le cadre principal de l’histoire, dans laquelle le charismatique Merv se livre à une mission rock’n’roll.

Le titre fourmille de bonnes idées, à l’image de ses titres de chapitres qui renvoient irrémédiablement à ceux des films de la franchise, ou de cette voix off qui dépeint les évènements tels que Merv les raconte… alors que ce qu’il s’est réellement passé défile sous nos yeux…

Buckingham au dessin met les bouchées doubles dans de magnifiques planches très riches en détails, marque de fabrique de l’artiste. Ainsi, il est conseillé de laisser les yeux se promener dans les cases pour qu’ils tombent sur une référence cachée, un running gag ou simplement un brin de folie. Son style rond et dynamique rappelle celui de Chris Bachalo, avec qui il a beaucoup travaillé (voir quelques paragraphes plus haut). Parfait donc pour cette aventure frénétique qui ne laisse pas le temps au lecteur de souffler.

Mais la copie de Willingham n’est pas juste un petit délire particulièrement fun. Il s’empare du personne de Merv, concierge acariâtre secondaire dans The Sandman, pour le mettre sous les lumières des planches et développer le personnage. Dans la lignée du peu entrevu dans la série de Gaiman, le lecteur découvre donc un personnage attachant sous ses airs bourrus, des défauts mais de grandes qualités, de cœur notamment.

Le pari est donc réussi pour la paire Willing et Bucking. Un récit à la fois intégré dans un univers qu’ils n’ont pas crée, tout en y puisant dedans et proposer un petit bijou décalé comme ils savent si bien le faire. Hautement recommandé!

Everything you always wanted to know about dreams…but were afraid to ask

Ouf, pas le titre le plus catchy de l’Histoire des comics. Pour les anglophobes : « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les rêves, sans oser le demander »…Autre court récit sorti lui aussi début 2000 où Willingham, encore lui, pousse le principe de l’anthologie à son paroxysme.

Cette fois-ci des micro-histoires d’une page, ou deux, voir trois sur tout et n’importe quoi autour du Dreaming. Sous ses airs encyclopédique, le ton est bien entendu décalé et savoureux. Est-ce que les rêves rêvent? Pourquoi certains rêvent ils en noir et blanc? Existe t’il vraiment des symboles universels dans les rêves que l’on peut interpréter?…

Les réponses sont forcément celles que l’on n’attends pas, mais peut on attendre réellement quelque chose de ce genre de titre? Pas de prétentions majeures, pas un ajout vital à l’univers, pas d’histoires à vous vriller le cerveau, mais un moment fort sympathique qui n’offre pas plus que ce qu’il prétend. C’est doucement délire, gentiment fun, donnant de malicieux sourires au lecteur durant la lecture.

Aux crayons, une palette d’artistes qui viennent œuvrer sur chaque chapitre. Buckhingham de retour qui s’amuse encore avec Merv, le trop rare Duncan Fegredo et ses gargouilles, le grand Kevin Knowlan et quelques autres qui semblent s’amuser comme des petits fous. Ça tombe bien, nous aussi!

Mais l’univers regorge encore de myriades d’histoires, à suivre dans la 3ème partie de ce dossier. Quant aux derniers mots de cette partie-ci, je les laisse à Echo…

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