Sanctum Comicsum : JSA – Le Nouvel Age

Fresh blood for the battelfield !

La bonne nouvelle, c’est que James et Faye semblent avoir apprécié la review sur Spider-Island (petit coup de pub) malgré mon manque criant de connaissances sur le tisseur. La mauvaise est que, pour le coup, ils m’ont demandé de faire de même avec le titre Justice Society of America : Le Nouvel Age édité par DC Comics (et Urban Comics en France).

En feuilletant, ça s’annonce dur dur ! Pas de mutants, de sabre-lasers ou de démons qui se scie les cornes puis s’enfilent des bières ! Je me retrouve à nouveau en Terra Incognita, cherchant le plateau de Leng, courant après le Blazing World… mh pas tout à fait, ce Sandman qui parle de Wesley Dodds, ça me parle (c’est tout en bas ^^).

Chapeau donc à l’édito d’Urban Comics qui parvient en quelques lignes à donner un contexte suffisant au titre, dont l’ancêtre est né…en 1940 ! Aux commandes de cet itération : un des piliers de l’éditeur DC Comics depuis le début des années 2000, Geoff Johns. Ce dernier est le créateur de bons nombres de moments majeurs avec des runs aussi marquants en contenu qu’en longueur. Jugez plutôt : The Flash pendant 5 ans, Green Lantern 10 ans, Justice League 6 ans, ainsi que les mini séries Infinity Crisis, Blackest Night, The Flash : Rebirth, Brightest Day, Flashpoint..! Si le scénariste n’est pas auréolé de récompenses prestigieuses, il reste que ses travaux ont souvent été appréciés du grand public (globalement…).

Mais c’est un Geoff gamin qui débute en 1999 avec la série Stars ans S.T.R.I.P.E.S où il crée le personnage de Courtney Whitmore, future Stargirl, héritière du pouvoir de Starman, et hommage personnel à sa propre sœur, décédée dans un accident d’avion. Ce titre lui ouvre les portes de la série JSA en collaboration avec David S. Goyer, puis seul à la barre pour un voyage de presque 10 ans. Une escale à noter, en 2006, le titre change pour Justice Society of America, sujet donc de l’exercice d’aujourd’hui.

Pas (encore) trop vieux pour ces conn*****

Et très vite, force est de constater que cette société de justice américaine ne ressemble pas aux autres super équipes. Trois anciens super héros encadrent la génération suivante, elle-même renforcée par une toute nouvelle génération. Ainsi, l’héritage, les responsabilités, la lignée et la famille sont autant de thèmes qui marqueront les 460 pages de ce beau volume. Adoubé par la trinité dans les premières pages, le rôle de la JSA est clair : rendre les héros meilleurs, apporter aux jeunes un cadre, des règles, une famille.

Et c’est parti, Johns passe immédiatement la quatrième avec un style qui deviendra une marque de fabrique : des histoires intenses, ambitieuses, denses, qui laissent peu de temps pour reprendre sa respiration. Une petite galerie de personnages nous est présentée avant que le premier fil rouge apparaisse. Font suite de nouveaux visages, un ennemi mystérieux et une première réunion, perturbée par un cadavre ! Beaucoup d’informations dans ce premier numéro du relié qui a eu l’excellente idée d’avoir le double de pages habituelles, soit 40. Ceci permet à Johns de poser son titre plus aisément, même si, d’ores et déjà, la densité globale reste notable.

Ce premier arc (numéro #1 à 4 Le Nouvel Âge) tape en plein dans le principe de la JSA avec un ennemi implacable s’en prenant aux lignées de Super-Héros. Une menace totalement personnelle et d’une efficacité redoutable pour souder une équipe. Via ce subterfuge scénaristique, Johns habille son récit de moments intimes réalistes (paternité, mentorat…) alternant avec l’indéboulonnable aspect pop des super héros (costumes, Super-Vilains, Paf, Boum, Zip…). La force de ce premier arc est de mixer habilement le tout pour livrer un récit plus ambitieux que le tout venant mainstream. La caractérisation des personnages est excellente et les drames auxquels ils sont confrontés les rendent très humains. Et sans que nous nous en rendions compte, cette famille hétérogène mais soudée présente un visage très séduisant.

Le second arc (#5 et 6 La Saga de l’Eclair) enchaine sans pause avec un crossover avec la Justice League (numéros #8 à 10) de Superman and co (aaaaaah) hélas quasi illisible (oooooh). Cette fois ci, l’impression prédominante se rapproche d’une lecture de « Les deux Tours » en ayant omis « La Communauté de l’Anneau ». En plus de la palanquée de perso de la JSA, voici que débarque, sans introduction, les membres de la JLA pour une histoire autour du futur et de la fameuse Legion of Super-Heroes. Difficile d’apprécier cette saga brouillonne sans de solides bases en mythologie DC Comics. L’écriture à quatre mains avec Brad Meltzer, scénariste du titre JLA, se sent particulièrement car chacun tente de tirer le récit à soi pour y caser ses histoires secondaires. La narration est ainsi décousue avec des liens ou des échos à des passages trop lointains ou trop obscurs pour être efficaces. Difficile de déterminer si les « trous » dans l’histoire sont des oublis, des incohérences, ou de maladroits McGuffin. A titre d’exemple, Superman ne semble pas reconnaître cet étrange envoyé du futur… qui se trouve être un membre de la Legion… dont il vante leur amitié mutuelle dix pages plus loin…Quelques intrigues n’auront jamais de résolutions, d’autres semblent lancer des histoires on-sait-pas-où et la JLA de repartir avec les jouets, laissant la JSA revenir à ses moutons (aaaaaah).

Deux moutons en l’occurrence, le traumatisé Citizen Steel (numéro #11) et la vaillante Liberty Bell (numéro #12) nous ouvre leurs vies le temps de deux numéros peu inspirés. D’une part, le ton général du titre semble aller vers une densité narrative : vies privées s’entrechoquent avec l’attaque de super vilains, la protection des civils et le développement personnel. Après un 1er arc modèle du genre, cette double pause plus « petite » détonne étrangement. Les deux titres ne sont pas aidés par des concepts trop faciles (un sang trafiqué apporte des pouvoirs, un traumatisme disparait au moment dramatiquement approprié) et ce qui aurait pu s’apparenter à une parenthèse narrative évoque plutôt un coup d’arrêt dans la lecture.

Le dessert sera meilleur. Flammes Divines, l’ultime arc du volume s’étale entre les numéros #9 et 15 et sonne un retour vers le 1er arc et ses qualités : rythme frénétique, action non-stop, histoire, personnages, fils rouges secondaires… Johns tisse un maillage fort en émotion avec l’arrivée d’un personnage majeur de l’arc mythique Kingdom Come de Mark Waid et Alex Ross (le nom de l’arc en vo : Thy Kingdom Come). On vous l’a dit qu’il était ambitieux ce garçon !

A song of ice and fire

Difficile de faire un bilan tranché de ce volume. Côté pile, Johns gère franchement bien son macrocosme, donnant de la place à chacun de ces personnages. Il brosse un monde grandiose, dense et offre par la même un beau panorama de l’univers DC des années 2000. Il connaît bien ce dernier et offre quelques cadeaux intelligents aux habitués, bien intégrés, sans fan service inutile. Sa narration fluide et rythmée glisse facilement dans la sacro-sainte continuité pour une lecture globalement agréable. Cette sensation est renforcée par le trait du dessinateur Dale Eaglesham. Son style détaillé et percutant accompagne la frénésie de Johns qui ne ménage jamais ces super héros. Ruy José, Art Thibert, Rodney Ramos, Drew Geraci et Prentis Rollins : la liste des encreurs est impressionnante mais ils calquent leurs arts dans celui d’Eaglesham subtilement et le rendu est homogène. Idem pour les couleurs des très expérimentés Jeromy Cox, John Kalisz et Alex Sinclair, suffisamment variées et intenses pour assurer un spectacle maximum !

Côté face, le scénariste ne réussit pas parfaitement le combo accessibilité/continuité. Ce dernier point est plus valorisé avec de (très) nombreuses références à l’univers DC, notamment certaines qui seront à suivre sur d’autres titres de l’éditeur. Ainsi, JSA  n’est pas facile pour le néophyte. De facto, le dense macrocosme de Johns n’a pas toujours le temps de vivre comme il le devrait. Les personnages, malgré une bonne caractérisation, n’évoluent que trop peu malgré les 460 pages, s’approchant çà et là du cliché. Johns propose des concepts passionnants mais ne fait que les effleurer. Le mentorat des anciens, le devoir d’assumer de la nouvelle génération, leurs réactions face à cet héritage… tout cela est trop dilué dans des histoires très comics. Le principe d’une équipe différente des autres, formatrice, proche de la rue et des citoyens, n’est que trop légèrement mis en avant. Le récit aurait ainsi gagné à avoir un personnage, jeune et inexpérimenté, comme porte d’entrée dans ce groupe et ce monde. La petite Cyclone semblait être toute indiquée mais sa présence s’efface au fil des pages, au contraire, donc, de  Robyn « Toy Box » débarquant dans le 10ème commissariat de Neopolis (indispensable!).

Certes, ce titre s’orienterait plutôt vers le complétive DC Comics dont la connaissance de l’univers va aider à apprécier pleinement ces histoires, jouant entre modernité frénétique et nostalgie vintage. Cela dit, le charisme des personnages fait mouche. Suite à la dernière page (qui ne clôture pas l’histoire), je me surprends ainsi à vouloir en lire plus. Est-ce que le jeune Wildcat mettra son père KO, est-ce que l’amitié Cyclone/Stargirl va donner comme étincelle, Power Girl va-t-elle s’affirmer et passer outre son traumatisme…

Là James se dit : « ok, donc c’est bien mais pas top…super ta review… », oué ben t’avais qu’à me filer du X-Men !

 

Lecture pour la préparation de cette review :

Justice Society of America : Le Nouvel Age chez Urban Comics

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