Sanctum Comicsum : Spider-Island

If there's something strange in your neighborhood, Who you gonna call?

Petit voyage dans le temps :

1993

Matthieu, 15 ans, au marchand de journaux : « Oah regarde ces BDs… on peut les acheter Portefeuille ? »

« Non, t’as pas assez, tu en choisis un puis c’est tout »

« Oooh ! Pfff.. bon ok… Celui avec le gars poilu et les griffes, il a l’air badass… D’un autre côté, l’homme araignée là aussi a l’air cool »

« Nan, prends le premier, l’autre a un concept pourri, ça ne marchera jamais »

2022

Matthieu, 43 ans : « Bon, vite une review où James va me virer… je vais faire du super héros ce mois-ci, voyons les sorties… Oh Spider-Island…c’est vrai qu’il n’y a pas que les X-Men dans la vie ! Alors, je commence au Amazing Spider-Man… #665 ???!! PORTEFEUILLE ! C’EST TA FAUTE !! »

 

Et oui, même quand on lit des comics depuis 2… disons un certain temps, on ne peut pas éviter la bonne vieille question : « est-ce une bonne idée de commencer une série au #665 ? ». Et bien, voyons cela. D’un autre côté, ce n’est pas non plus comme si je pouvais faire vraiment autre chose en ce moment (si vous êtes dans le futur, sachez que nous sommes en Janvier 2022, puis tapez « SARS-Cov-2 » sur un moteur de recherche).

Concentration, ouverture de chakras, encens à la camomille, musique de la forêt… je suis calme, je ne fais qu’un avec la Force et prêt à recevoir un torrent d’informations sur qui est qui, pourquoi, comment et où. L’autre préparation mentale consiste à me notifier à moi-même que ce Spider-Island semble être un blockbuster sans prétention. Du genre qui fait passer un bon moment, sans conséquences majeures, avec des ficelles que l’on aime excuser et des scènes bien cools. Après tout, avec tous les habitants de Manhattan qui se retrouvent avec les pouvoirs de Spider-Man, ça sent le délicieux foutoir ! Ces deux points en tête, voyons ce que le scénariste Dan Slott propose.

Dire que ce dernier a marqué le titre est un doux euphémisme. Il débarqua au #546 en janvier 2008 et il partagea la barre d’Amazing Spider-Man avec d’autres scénaristes jusqu’au #648 en novembre 2010. Seul aux commandes, il planta les premières graines vers Spider-Island qui éclata dans les pages de la série du #666 au 673 avec une myriade de numéros spéciaux. Nous sommes en juillet 2011 et pour la petite histoire, Slott ne quittera le bateau qu’au #801, juin 2018 soit 10 ans sur le monte-en-l’air de New York ! L’auteur a souvent été décrié, mais que l’on apprécie ou pas, nous ne pouvons que saluer cette longévité.

Revenons à nos arachnides. Décembre 2021, Panini comics propose l’histoire en relié, du #665 au 673 agrémenté des numéros Spider-Island : Deadly Foes #1 et Spider-Woman #1.

Et c’était une bonne idée d’inclure le #665 dans le relié. Ce dernier n’est pas réellement une introduction à l’évènement, mais un bon instantané sur Peter Parker. Sa copine Carlie, son boulot chez Horizon Labs, sa relation avec Jonah J . Jameson, MJ et Tante May, collègues, amis… Slott bourre un peu la dinde, mais elle n’est pas indigeste, si on a bien préparé l’estomac. La longue scène post générique (sic) est même franchement émouvante.

Les hostilités commencent donc au #666 par une classique tranche de vie de Peter Parker. Ce bon vieux Spider-Man faisant justice dans la rue avant de changer de costume et revenir à la ville. Des visages connus font leurs apparitions, puis des ennemis se lancent, placent leurs pions, faisant monter l’intensité de la lecture petit à petit. Effectivement, après quelques dizaines de pages, le blockbuster décomplexé, grandiose, léger et bourré d’action se dessine. Méchants, plan démoniaque, héros acculés, la recette est connue et se dévoile sans se cacher sous nos yeux. Mais classique n’est pas synonyme de mauvais, et les pages se tournent sans ennui.

De grands pouvoirs…apportent un bon gros foutoir!

L’intégralité des habitants de Manhattan acquièrent donc des pouvoirs identiques à Spider-Man, ce qui rends la ville encore plus extraordinaire que d’habitude. Le concept semble bourrin mais Slott l’utilise avec intelligence. Certains embrassent leurs nouvelles situations, d’autres la rejettent, et c’est l’occasion de jouer un peu avec Parker. Ce dernier voit les rôles s’inverser délicieusement, devant rester en arrière pendant que ses proches se jettent dans la bataille, le forçant à se multiplier comme jamais pour tout gérer. Tous les habitants semblent contaminés, donc tous les criminels de la ville. Spidey et ses alliés font alors front commun lors d’une bataille rangée intense. Pas le temps de faire le point, d’autres super vilains apparaissent, leur plan se développe, les alliés s’affaiblissent, Madame Web ne peut plus voir le futur, les héros sont submergés et la ville en quarantaine continue de s’enfoncer dans le chaos. Spider-Man n’aura plus que son courage pour retourner une situation désespérée…

Effectivement, ça fait classique n’est-ce pas ? Mais Slott est un chtit malin qui habille habilement la moelle épinière de son blockbuster. Premièrement, il l’intègre dans ses travaux passés et futurs. Certains personnages voient leurs évolutions continuer pendant Spider-Island. Pour d’autres, c’est le point de départ d’un nouveau voyage. D’autres encore, traversent l’évènement de part en part. Point donc très positif, Spider-Island ne tombe pas par magie mais semble se glisser dans la vie de bons nombres de personnages, dont la moitié de New York. Ce sacripant de Slott donnerait même presque envie de lire les numéros passés et à venir.

Deuxièmement, il ajouter deux moteurs plutôt efficaces. Le premier est une prédiction avançant que l’Homme Araignée devra franchir une limite qu’il s’est interdite, le second est que le vilain principal de l’histoire… travaille en fait pour une mystérieuse patronne. Là aussi, nous frisons le réchauffé mais, avec une pointe de honte, j’avoue que cela fonctionne… damned, je suis faible!

Troisièmement, Slott est un jongleur très généreux. Au sein de ce chaos citadin, il jette de très nombreux personnages qui se croisent, s’affrontent, s’allient. Les batailles s’enchainent, les histoires secondaires se multiplient, le niveau de menace monte graduellement… et au milieu de tout cela, Spider-Man, qui doit sauver sa copine, son boulot, New York, tout en gérant ses alliés, ses ennemis et son identité secrète. Y en a un qui va bien dormir.

A Spider to rule them all

J’avoue ne pas connaître, au moment où j’écris ces lignes, la proposition de lecture du volume de Panini. En ce qui me concerne, j’ai fait une pause à la suite du #669 juste après une révélation majeure, continuant ma lecture par les deux numéros dérivés : Deadly Foes #1 et Spider-Woman #1.

Marvel Comics a eu édité de nombreux comics dérivés estampillés « Spider-Island », ce qui peut sans doute expliquer quelques raccourcis dans l’histoire principale. Seuls deux d’entre eux sont proposés avec ce volume. Leur qualité hélas est un véritable coup de frein à une lecture jusque là agréable et pêchue. Deadly Foes nous propose d’en savoir plus sur le Chacal et le nouveau Hobgobelin. Le premier est l’un des artisans de Spider-Island. Mais, pas facile d’être un ennemi crédible avec des oreilles de coyote, une fourrure rousse et un slip. Autant dire que malgré son génie et son passif, le Chacal y parvient très difficilement ici. Et ce n’est pas l’entendre se plaindre de son traitement par la gente féminine qui va redorer son blason. Nous sommes en 2011… prendre quelques râteaux n’est plus une excuse crédible pour devenir un super Cinglé ! Même reproche pour le Hobgobelin, perso qui semble avant tout motivé par une jalousie de bas étage, tenant tout du cliché.

L’autre pause est une mission solo de Spider-Woman sympathique, rythmée… qui n’aura aucun impact sur la suite. A la vue du peu d’informations transcendantes à retirer de ces 2 numéros… je me permettrais de vous conseiller de les zapper pour rester concentrer sur le plat de résistance.

Retour à Spider-Island avec le #670 pour une course vers le chaos final. Après un début plutôt intense et prenant, Slott utilise bien trop de ficelles faciles dans cette partie de l’histoire pour convaincre totalement. Emporté par le fun de cet évènement (qui semble parfois exister juste pour faire ch*** Jonah J. Jameson), le lecteur tolérant pourrait en excuser la plupart. Ce fut mon cas je vous avoue, séduit que j’ai été par la générosité de l’auteur par ailleurs. Le final remonte la qualité de l’arc avec des guests importants d’une part et un Spider-Man, accompagné de *spoiler*, en mode « seuls contre tous » ! Super héroïque à souhait.

Une équipe qui s’est (sait) donné !

J’insiste mais c’est la générosité de Dan Slott qui a rendu Spider-Island sympathique. Sans arrogance aucune, ce blockbuster nous « en donne pour notre argent » selon l’adage… pouvant se faire excuser ici et là des facilités scientifiquo-coincidenceo-commeparmagie. Ce côté pop corn est également due en grande partie à l’équipe graphique. Impossible ainsi de ne pas citer notamment Humberto Ramos, Victor Olazaba et Carlos Cuevas aux crayons, associés à Edgar Delgado à la colo. Une team 100% mexicaine au diapason d’un récit hauts en couleur, bourré d’actions explosives. Ramos notamment, avec son style plus que reconnaissable, semble s’amuser comme un petit fou à enchainer les scènes totalement super héroïques. Elles sont vues et revues mais le plaisir des artistes à les réaliser semblent transpirer sur le papier.

Note finale sur le #673 qui clos l’histoire avec un réel épilogue, insistant notamment sur les conséquences du chaos dans la ville. Et il faut dire que c’est pas tous les jours que l’on voit dans un comics Marvel les équipes de nettoyage professionnelles devoir intervenir sur… ce … genre de… situations. La vraie question qui reste en suspens finalement est : comment peut-il y avoir encore des habitants sains d’esprit dans une ville ravagée tous les 3 mois ?? Bah, la réponse se trouve en fait dès les premières pages dixit Peter Parker lui-même « Before I was Spider-Man, before I was a science geek, before I could crawl… I was one thing first and foremost : a New Yorker »… ‘sont tous fous à lier dans c’te ville…

Lecture pour préparer la review (Marvel Unlimited) :

Amazing Spider-Man #665-669

Spider-Island : Deadly foes #1

Spider-Island : Spider-Woman #1

Amazing Spider-Man #670-673

Spider-Island chez Panini Comics

retrouvez les autres review de Matthieu ici

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